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Sommerlager Libanon 2016

-Au revoir       -Volontario per la prima volta: Chabrouh 2016   -Si tu savais  -Mon après-midi à la piscine

Au revoir
On ne comprend pas. Et d’ailleurs on ne cherche pas à comprendre. Quand on est au Liban, dans un camp d’été, on est simplement hors du temps et de l’espace. On n’en fait pas une montagne non plus, et on ne se pose pas trop de questions. On passe simplement du temps avec lui ou elle comme si on l’avait toujours connu, sans vraiment « s’occuper » de lui ou le « servir », juste en veillant à son bien-être comme on le ferait avec un vieil ami.

C’est uniquement après le camp, quelques jours plus tard quand le stress du début d’année retombe, que l’on commence à comprendre, par contraste, la merveille qui nous a été donnée de vivre. Et ce que l’on comprend va contre notre logique. Pourquoi passer les seules vacances dont on dispose comme volontaire dans un camp pour personnes handicapées ? Et surtout, pourquoi accepter tout cela ? Par tout cela, il faut comprendre non seulement le don de son temps, de son énergie, de son argent et bien d’autres encore, mais aussi et principalement le don par abandon de soi. A vrai dire, ce n’est pas illogique du tout et, au retour du Liban, ces choses apparaissent même comme des évidences : la source du bonheur humain est l’amour, et l’amour réside dans l’abandon et le don de soi. Et le pire, ou le mieux, c’est qu’il s’avère qu’aimer est terriblement simple. Après deux semaines de camp, une volontaire qui participait pour la première fois au projet nous a regardés avec un air étonné : « Mais en fait, c’est tellement simple d’aimer ! » Nous en avons évidemment bien ri, mais sa découverte était belle et portait en elle le ferment d’une vision nouvelle sur le monde qui l’accompagnera sûrement bien au-delà de ce camp d’été au Liban.

Il faut dire que ces personnes handicapées qui viennent au camp nous rendent la tâche facile. Ils n’ont pas construit autour d’eux, comme nous l’avons tous fait, de carapaces de protection. La plus externe est l’image de nous que nous essayons de projeter aux autres, et la plus interne est l’imagine de nous que nous essayons de nous auto-persuader que nous sommes. Entre les deux il y en a plusieurs : sociales, émotionnelles, sentimentales, intellectuelles… Or puisqu’eux n’en ont pas, il nous est impossible de rentrer vraiment en contact avec eux tant que nous n’abandonnons pas les nôtres. Nous serions systématiquement en décalage, sur une autre fréquence que la leur qui est simplement celle de leur humanité et qui les rend si beaux malgré leur apparente laideur. Alors en chemin vers eux, nous faisons exploser ces protections, pour enfin nous retrouver pour ainsi dire « nus ». Et ce que nous trouvons à l’intérieur n’est nullement différent de nos invités : infirme, mais magnifique. Comme le disait Dom Marc de Pothuau : « Dieu est toujours et partout présent. Mais là où tu oses regarder le pauvre et dire « nous » avec lui, alors oui, tu ouvres les yeux sur Sa présence et tu goûtes quelque chose du Royaume. Alors apprends à voir, là où tu es, le pauvre qui t’ouvre les portes du Royaume, ne serait-ce qu’en toi-même ! ».

Mon service au sein du Lebanon Project touche malheureusement à sa fin. De ces quelques années, je n’en garde que de la gratitude. Je n’ai aucun doute que l’équipe actuelle, sous la direction de Valentine Bulliard, saura poursuivre le développement de ce projet qui débute encore, en continuant non seulement à affirmer la délégation suisse comme partenaire solide du Lebanon Project International mais aussi en gardant la mentalité entrepreneuriale qui a fait le succès du projet et qui est la clef de son efficacité.

Von guten Mächten wunderbar geborgen. 
M.M.

 

Volontario per la prima volta: Chabrouh 2016
Inizialmente pensavo di non farcela. Non avevo mai vissuto un’esperienza simile in vita mia, non avevo mai dovuto cambiare un pannolino, né occuparmi di persone bisognose in un modo così intenso. Perciò il giorno della partenza per Chabrouh ero molto agitato all’idea di dover affrontare questa nuova situazione.

Già dopo un paio d’ore, tuttavia, dopo aver conosciuto il gruppo che partiva con me, ho iniziato a vivere questo Camp in modo diverso, e mi sono sentito in grado di affrontare qualsiasi cosa. Il fatto di trovarmi tra persone con cui ho molto in comune mi ha sicuramente aiutato. Non da ultimo però voglio ricordare la straordinaria presenza della nostra guida spirituale Abouna Romanos, che ci ha accompagnati durante il Camp.

La vita a Chabrouh con gli Ospiti non è stata sempre facile. Occuparsi dei propri bisogni e necessità quotidiane non è la stessa cosa che occuparsi di quelli  di un'altra persona che ci viene affidata. La fatica si è fatta sentire, ma lo sguardo di gioia impresso nei loro occhi era ben più di una ricompensa. Le parole di Abouna, durante la preghiera del mattino e quella della sera, mi hanno sempre dato un'energia particolare, che mi ha aiutato durante tutto il Camp. A questo proposito mi ha particolarmente colpito una sua frase. Ci ha detto che abbiamo ricevuto una grazia dal Signore, perché abbiamo potuto provare la gioia dei genitori quando vedono i propri figli felici, pur non essendo ancora – per lo meno la più parte di noi – genitori. Ciò che ha detto mi ha rivelato un nuovo aspetto del stare insieme ai nostri Ospiti, aiutandomi ad aprire gli occhi su questa realtà che è il donarsi completamente al prossimo, e attraverso ciò incontrare il Signore. Non siamo andati ad aiutarli per compassione, ma ad essere loro amici. Il nostro rapporto con loro non era basato sul dare, ma sul dare e il ricevere: ricevere una pace, una gioia, una pienezza, una nostalgia di qualcosa che è molto più grande di noi. E partendo mi sono detto che non sono solo loro ad aver bisogno di noi, siamo noi, anche, ad aver bisogno di loro.

Sono rimaste tante cose impresse nella mia memoria e le porto sempre con me, ogni giorno, da quando sono tornato: avevo paura ma mi sono rimboccato le maniche e l'ho fatto col sorriso, anche nei momenti più difficili, perché ero accompagnato dal Signore, a cui affidavo ogni momento, dal mio Ospite, e da questo gruppo di fantastici altri volontari.

Vorrei concludere ringraziando tutte le persone che hanno reso possibile questo straordinario Camp, il nostro Mas’oul, tutto il Team del Lebanon Project, le Kitchen Mommies, che hanno permesso che tutto si svolgesse sempre al meglio, Abouna, quei Volontari che hanno partecipato al Camp come me per la prima volta e tutti i nostri cari Ospiti. F.B.
 

Si tu savais
Ce texte est volontairement écrit de manière plus romancée qu’à l’habitude. Que le lecteur ne s’en étonne pas ; je ne voyais d’autre manière de rendre fidèlement mes impressions du Summer camp 2016 organisé par le Lebanon Project.

Il est dit du Liban que celui qui y comprend quelque chose se l’est vu mal expliqué. Et pourtant ce qui s’y passe est parfois si simple ! C’est de cette limpide simplicité dont j’aimerais te faire part. Suis-moi donc sur les hauteurs de Faraya, à Chabrouh, beau village du Mont Liban. Il s’y tient chaque année un joyeux remue-ménage auquel il m’a été donné de participer.

Si tu savais, si tu voyais ! Malade à souhait le premier jour, tombé en première ligne, j’ai reçu l’épreuve (ou la grâce ?) de ne pas participer à l’accueil de nos invités, ou de nos hôtes, suivant le point de vue. Je n’ai entendu depuis l’obscurité forcée de ma chambre que des éclats de voix, des chants, des pas lents, des pas pressés, des pas irréguliers et des pas saccadés. Mes premiers pas à moi m’ont conduit sur une terrasse ensoleillée, ou à plus vrai dire, une terrasse baignée de lumière. Comment te décrire ce sentiment, cette vue enveloppée de nuées blanches et or, cette douce chaleur, si ce n’est en la comparant sans exagération aucune aux prémices des temps célestes ? Là tout n’est que luxe, calme et volupté. Luxe du temps pris, du temps donné ; calme de l’âme, qui ne repose en paix qu’en Dieu seul ; volupté de l’âme, des âmes qui valsent au rythme des incompréhensions passagères de langage et de culture. Jamais de ma vie n’ai-je touché le Ciel de si près. Jamais de ma vie n’ai-je touché l’Homme de si près non plus. Sur cette terrasse perchée dans la montagne, des couples déambulaient, riaient, causaient, se reposaient, un jeune accompagnant un invité, ou un invité accompagnant un jeune. A la bienveillance des uns répondait la confiance des autres. J’ai vu des êtres humains, qui pourtant ne s’étaient rencontrés que quelques heures auparavant, se témoigner en un geste, une parole ou un simple regard de plus d’amour que le cœur humain ne peut contenir.

Les cœurs à cœur des acteurs de cette magnifique aventure sont d’une intensité telle que toute autre chose que l’essentiel en devient superflu. Face à la simplicité désarmante de ces personnes à proprement parlé hors du commun, il ne nous reste que la nudité radicale de l’âme. Et qu’il est beau et bon de sentir s’écrouler les tours de Babel que notre orgueil a bâti. Sur leurs ruines nous dansons de joie, libres, priant que le souvenir de ces instants suffise à nous arracher aux tentations des vains honneurs et de l’oubli de retour chez nous, car il a bien fallu rentrer un jour. Et ce retour n’est jamais facile. Ce qui nous restera de ce voyage ne sera sûrement pas les moments de labeur, les moments de désarroi, les moments de fatigue, ce qui nous restera est le souvenir qu’en plus d’aller au cœur du Liban, nous sommes allés au cœur de l’humanité.

De tout cela il ne faudra que tu retiennes que ceci : ce Liban-là n’est pas qu’à Chabrouh, il est en Dieu, et je ne peux que t’inviter à faire ce voyage pour devenir un peu plus ce que tu es : le Frère de tous les hommes. P.M.

 

Mon après-midi à la piscine  (Article paru dans Echo Magazine 42/2016)

L’hôtel cinq étoiles était calme jusqu’à ce que nous arrivions. 25 personnes handicapées et autant de bénévoles, voilà de quoi saupoudrer d’incongru la terrasse de cet établissement libanais.

Je suis très déçue. La piscine est minuscule. Nous devions aller à la plage, elle est fermée à cause de l’Aïd el-Kébir, la fête musulmane du sacrifice d’Abraham. Au Liban, les jours fériés sont innombrables, cumulant ceux du christianisme et de l’islam. Bref, au lieu de la vaste étendue bleue, des galets chauds et de l’eau salée, nous nous retrouvons entassés autour d’une grosse baignoire de cinquante mètres carrés. Je suis déçue surtout pour Mountaha : elle ne sort jamais de son institution pour personnes handicapées mentales. Ce camp que nous faisons ensemble, moi comme volontaire, elle comme mon « invitée », est pour elle la seule occasion de l’année de poser les yeux sur un beau paysage et d’entendre le bruit des vagues.

Mountaha, elle, est enchantée. Dans son maillot de bain rose une pièce, cette femme douce et silencieuse d’une cinquantaine d’années attend patiemment sur un transat qu’on veuille bien la porter jusqu’à l’eau. Elle ne dit rien, comme à son habitude. A peine murmure-t-elle de temps en temps des bribes de chansons en arabe. Dans sa tête ne valsent ni les vagues ni les galets : elle ignore ce qu’elle rate et sait d’autant mieux ce qui lui est donné de vivre.

Oubliés, les galets

Assise au bord de la piscine, de l’eau jusqu’aux genoux, ma protégée balance ses jambes tordues qui quittent rarement sa chaise roulante. Elle rit doucement en agitant ses mains sous la surface de l’eau comme pour caresser des petits poissons : ça y est, j’ai oublié la mer et les galets. Je ris avec elle, elle fait trop plaisir à voir. Surtout quand elle essaie de m’éclabousser, première fois en cinq jours que de nous deux, c’est elle qui est taquine !

La tête des Libanais qui nous entourent n’est pas mal non plus. Plutôt du genre jet-set, les vacanciers présents pensaient s’abandonner à un moment de farniente sur les chaises longues d’un hôtel cinq étoiles ; ils se retrouvent en compagnie de 25 baigneurs mentalement handicapés et autant de volontaires européens ânonnant quelques mots d’arabe-petit-nègre. Spectacle incongru s’il en est.

Mountaha est maintenant dans mes bras, ravie d’être plongée tout entière dans l’eau qui détend ses membres crispés. En regardant son bonheur, je fais défiler les souvenirs d’après-midi d’ennui à la piscine, quand le but était d’optimiser mon bronzage en lisant le maximum de pages d’un livre si possible passionnant : non, jamais je n’ai éprouvé autant de joie dans un endroit aussi banal.

Chaîne en or et lunettes noires

« Je peux vous aider ? » Alors ça, je ne l’aurais jamais cru. Remarquant que j’avais besoin d’un homme fort pour hisser Mountaha sur le bord de la piscine, nos lèvres à toutes deux optant gentiment pour le bleu, un quadragénaire en caleçon de bain a quitté sa serviette pour m’offrir ses bras. Le contact physique avec une personne handicapée n’est pourtant pas la chose la plus évidente qui soit. Tel est le talent caché de nos invités : non seulement ils font souffler un petit air ubuesque dans les ambiances les plus convenues, mais ils éveillent aussi la générosité de leur entourage. Sans Mountaha, notre jet-setteur à lunettes noires et chaîne en or aurait simplement continué à fumer son narguilé en soignant son bronzage au bord de l’eau. Pas  grave, mais il lui aurait manqué ce petit éclat d’humanité.

Le serveur au bar est aussi contaminé. « C’est bien, ce que vous faites », me glisse-t-il en même temps qu’un paquet de chips que je n’ai pas commandé, offert par la maison. Il ne se doute pas à quel point le bienfait est réciproque : pendant deux semaines, vivre moins au niveau de sa tête et plus au niveau de son cœur, mettre ses problèmes existentiels entre parenthèses le temps de changer des couches, coiffer une perruque ou un chapeau de pirate pour faire rire la compagnie, jouer à MacGyver en dévalant la pente avec une chaise roulante (et son occupante), tout cela  n’est possible que grâce à nos invités. Qui se fichent pas mal qu’on soit énarque, esthéticienne ou journaliste. Eux ne jouent pas un rôle, leurs défauts comme leurs qualités sont criants. Ils révèlent aussi les nôtres.

Cet après-midi, Mountaha m’a montré la beauté de la piscine, du jet-setteur et du barman. En repartant, je suis tout sauf déçue. C.MC